Le boycott ou boycottage est le refus systématique de consommer les produits ou services d’une entreprise ou d’une nation. Il peut aussi s’agir d’un boycott d’élections ou d’évènements … La faiblesse et la force du boycott reposent sur la communication, domaine où excellent les sociétés. Le phénomène du boycott augmente donc du fait de l’évolution des consciences et des nouvelles facilités de communication. C’est donc un mode de protestation qui correspond parfaitement aux tendances de fond de notre société actuelle : individualiste et cependant solidaire …
Les exemples ne manqueraient pas, s’il fallait en donner ; avant comme après Sir Boycott.
Pendant la Révolution américaine, à la fin du 18ème siècle, “Les Fils de la Liberté” : [terme qui trouve son origine dans la Bible et qui a été “diffusé ” dans les cercles de la franc-maçonnerie] – une organisation de patriotes américains [Les Anglais les dénommèrent Sons of Liberty, Sons of Violence, Sons of Iniquity] - ont eu recours à l’appel au boycott, notamment sur le thé anglais dont le coup d’éclat, le plus connu fut désigné par le nom de Boston Tea Party. …
Les premiers anti-esclavagistes anglais ont lancé une campagne féroce en 1790 pour convaincre leurs concitoyens de ne pas acheter du sucre en provenance des Indes Occidentales (les Antilles) produits par des esclaves et de privilégier le sucre en provenance des East Indies (Inde), où l’exploitation de la main d’œuvre se faisait avec un peu plus de retenue …
Au Québec, en 1837, les chefs Patriotes incitent les habitants à boycotter les produits importés d’Angleterre pour tarir les fonds publics, revenus fiscaux perçus à la douane en vue de libérer le Québec du joug anglais. Les produits anglais boycottés, tels le rhum, l’eau-de-vie, le thé et la toile, sont remplacés par des produits locaux …
En Inde, en 1930, le Mahatma [du sanskrit : grande âme] Mohandas Karamchand Gandhi lance un boycott sur les impôts liés au sel, contre l’Empire britannique …
En 1936, divers mouvements prônant le boycott des XIème Jeux olympiques de Berlin virent le jour aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Suède, en Tchécoslovaquie et aux Pays-Bas …
En 1955 à l’appel de Martin Luther King [pasteur baptiste afro-américain, le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964, qui se verra décerner à titre posthume la Médaille présidentielle de la liberté en 1977 et la médaille d'or du Congrès en 2004] , c’est le boycott des bus de Montgomery pour obtenir la fin de la discrimination raciale … et l’un des plus célèbres discours le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l’emploi et la liberté : “I have a dream ” (J’ai un rêve). Il a rencontré John F. Kennedy [plus jeune président élu des Etats-Unis, titulaire de la Médaille de la Marine pour fait d’arme, de la Purple Heart “Mérite Militaire, instaurée par le général George Washington”] qui lui a apporté son soutien dans la lutte contre la discrimination raciale [La plupart de ces droits ont été promus par la loi américaine : le “Civil Rights Act” et le “Voting Rights Act”] …
Le boycott des États-Unis (entraînant d’autres nations) en 1980 aux Jeux Olympiques de Moscou, pour protester contre l’intervention soviétique en Afghanistan … 80 pays seulement y seront représentés ; mais l’Union Soviétique (avec 13 autres nations) boycottera à son tour les Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 …
Etc… dont le dernier en date : Les manifestations anti-chinoises à Paris lors du passage de la flamme olympique n’ont pas plu aux chinois qui contre-attaquent. Des centaines, voire même des milliers d’entre eux ont défilé dans les rues de diverses villes, dont celle de Wuhan, au centre du pays. Des drapeaux chinois côtoyaient des drapeaux français marqués d’une croix gammée alors que certains traitaient Jeanne d’Arc de « prostituée » … ! Bref, une manifestation remake du syndrome de Stockholm, prenant leurs dictateurs pour des sauveurs et les manifestations pour les Droits de l’Homme comme des insultes… Les enseignes Carrefour, mais également l’ambassade de France et le lycée français ont servi de cibles, les chinois scandant leurs slogans anti-français, probablement excités par divers membres du Parti voulant ainsi démontrer que tous les « camarades » sont derrière leurs dirigeants. Une attitude étrange quand on sait que les manifestations françaises ne visaient en aucun cas les chinois mais la politique des dirigeants communistes… Le plus drôle seront certainement ces critiques faites par les médias chinois, qui accuseraient la Presse française d’avoir diffusée des informations « biaisées », et en gros de désinformer la population française ! Un comble quand on sait que les chinois dirigeaient le cortège en France et ont même viré manu militari un journaliste français accrédité qu’ils trouvaient dérangeant (Cf. France 2) ! Quant à Libération [La Chine cible le maillon faible français] il indique que les manifestations auraient pu concentrer jusqu’à 10 000 personnes « très bien organisées ». On est donc en droit de demeurer sceptique sur la nature « spontanée » et populaire de ces rassemblements. A noter également les appels au boycott des produits français … et … pour finir, on peut se demander pourquoi la France, alors que la plupart des pays traversés ont organisé des manifestations semblables ? Est-ce à cause du « symbole » français ? De l’engagement de nos sportifs ? Les athlètes étrangers préparaient également diverses actions. Du discours de nos politiques ? Un peu frileux comparés à ceux d’autres pays comme Gordon Brown qui a déjà affirmé ne pas assister à la cérémonie d’ouverture des JO… On peut ainsi rester assez interrogatif… Autre nouvelle : on vient d’apprendre que les conseillers municipaux communistes d’Orléans, fraîchement élus après dix-neuf ans d’absence, viennent d’annoncer leur intention de boycotter le défilé du 8 mai qui célèbre, chaque année, la libération de la ville par Jeanne d’Arc.
Mais savez-vous d’où vient cette expression “boycotter” apparue en France en 1881 ?
Avez-vous entendu parler de Charles Cunningham Boycott (1832-1897), qui fut d’abord capitaine de l’armée britannique, démissionna pour devenir un riche propriétaire terrien sur l’île d’Achill, la plus large des îles d’Irlande située au large de la côte ouest où l’on trouve une des plus belles plages : la baie de Keem … [c’est là que Gráinne Ni Mháille, surnommée Granuaile, une femme pirate célèbre en Irlande, a possédé un château à Kildownet] puis à Lough Mask dans le comté de Mayo [qui tient son nom du monastère de Mhaigh Eo (« plaine au bois d'if » en irlandais)] en Irlande de l’ouest.
Traitant mal ses fermiers, c’est dans ce comté que se passa l’évènement qui rendit son nom célèbre, puisque ce fut contre lui que fut lancé durant l’été 1879 à l’appel de Charles Stewart Parnell, [“le roi sans couronne” d'Irlande … élu pour la première fois au parlement dans le comté de Meath, alors qu’il n’avait que 29 ans. Dirigeant de la ligue agraire, Parnell déclara lors d'un discours à Ennis, le 19 septembre 1880,: “Quand un homme a pris une ferme d'un autre qui a été renvoyé, [...] vous devez l’éviter dans les rues du village, vous devez l’éviter dans les boutiques, vous devez l’éviter dans le parc et sur la place du marché, et même au lieu de culte, en le laissant seul, en le mettant en “quarantaine morale ”, en l’isolant du reste de son pays comme s’il était le lépreux de nos ancêtres, vous devez lui montrer votre dégoût pour le crime qu’il a commis” … C’est ce type de “quarantaine morale” qui fut mené par les fermiers dans la lutte contre le capitaine Boycott, qui fut “isolé” par les habitants, jusqu’à ce que ses nerfs aient lâché … réalisant le premier “blocus” répertorié de l’histoire … afin d’obtenir de Charles Cunningham Boycott, qui les traitait très mal, de meilleures conditions de travail (les loyers étaient selon eux, trop élevés, ils allèrent jusqu’à sacrifier une récolte, les mercenaires moissonneurs, protégés par l’armée britannique, étant arrivés trop tard). Cette action très dure, constitua un véritable “ boycott ” [même s'il ne fut pas appelé ainsi à l'époque] entraînant sa ruine.